02 décembre 2010

Visite mixte pour enfants sourds et entendants

Animation mixte de trois heures : enfants sourds et enfants entendants

 

Faire de la différence une source d’enrichissement et veiller à ce qu’elle ne constitue en aucun cas un frein à l’accès à la culture, voilà l’un des concepts chers au Préhistosite de Ramioul.

Forts d’une expérience très concluante avec le public malvoyant (mise sur pieds de l’exposition « Ferme les yeux pour voir la Préhistoire » en collaboration avec La Lumière, conception d’un programme d’animations adapté et d’un dossier pédagogique), il nous tenait à cœur de proposer au public sourd une animation spécifique.

 

Nos activités s’appuyant énormément sur le visuel et la manipulation, il semblait relativement simple de proposer au public sourd une visite adaptée. Il restait néanmoins une pierre d’achoppement de taille : la communication.

Aucun membre de l’équipe d’animation ne pratiquant la langue des signes, nous avons demandé de l’aide à un organisme externe : l’ASBL SISW, Service d’Interprétation des Sourds de Wallonie.

 

La visite pilote a été testée par une classe de 3e primaire de l’école Sainte-Marie de Namur, une école accueillant des groupes mixtes d’enfants sourds et entendants.

 

En se basant sur des expériences précédentes, la visite a été préparée de manière à occuper des lieux suffisamment éclairés, à limiter les temps de parole trop longs et à éviter la superposition de modes d’informations (manipulations et explications simultanées, par exemple). Pour faciliter les représentations et créer une empreinte de la Préhistoire suffisamment solide pour être ensuite exploitée en classe, on s’est focalisés sur une période bien précise de la Préhistoire : l’époque des chasseurs-cueilleurs de l’ère glaciaire, il y a un peu plus de quinze mille ans.

 

Les moments d’explications ont été préparés à l’avance pour éviter, par exemple, une surabondance de termes non existants en langue des signes. L’interprète chargée de la traduction de la visite est venue s’imprégner du contenu de celle-ci une semaine avant la visite pilote.

 

Le jour même, la classe est arrivée à l’heure, ce qui a permis aux activités de se suivre à un rythme acceptable en plus de laisser le temps à une bonne introduction.

 

Contextualiser la Préhistoire

 

A fortiori avec un public sourd, une bonne mise en contexte est essentielle pour profiter au maximum de la visite.

En guise de préparation, les élèves avaient mis en commun leurs préconceptions concernant la Préhistoire. Les notions classiques d’âge de la pierre et de période très ancienne ont donc émergé rapidement durant l’introduction.

A l’aide d’une grande ligne du temps, la Préhistoire est localisée dans le temps et sa longueur est comparée à celle des périodes historiques.

 

Après avoir situé dans le temps la Préhistoire et plus particulièrement la période qui nous intéressait, nous avons favorisé les représentations mentales du milieu par la présentation d’un paysage virtuel similaire à ceux visibles dans la Préhistoire. A chaque période ses contraintes…le box climatique présentant l’ère glaciaire avait un problème technique. Nous sommes donc partis d’un paysage virtuel de climat tempéré dont on a gommé mentalement les éléments qui n’apparaissaient pas à l’ère glaciaire.

 

Les ateliers pratiques

 

Après avoir planté le décor, place aux gestes ! Cependant, il ne s’agissait pas de « jouer » aux hommes préhistoriques ; il est illusoire de vouloir reconstituer le passé. Les ateliers de pédagogie du geste ont pour but de se rendre compte de l’intelligence technique nécessaire à telle ou telle activité. La pratique fait prendre conscience de notions difficiles à exprimer oralement. Avec ce public déficient auditif, ces moments de « sensations », entrecoupant les moments plus formels d’explications, ont été favorisés.

 

L’atelier de taille de silex a fait suite à la question : comment l’homme, bien que si mal « conçu » sans armes ni défenses naturelles, a-t-il pu survivre de la Préhistoire à nos jours, a fortiori dans un environnement aussi hostile que celui de l’ère glaciaire ? Nul doute que la fabrication d’outils, générateurs eux-mêmes d’outils plus complexes, lui a été d’une grande aide. Pour se rendre compte de la difficulté technique de la tâche, les élèves se sont essayés à la taille de la pierre.

L’activité était également l’occasion d’aiguiser le sens de l’observation. Le toucher a été sollicité pour apprendre à reconnaître la texture du silex et comprendre, par là même, pourquoi cette pierre a été la plus taillée de la Préhistoire. La vue a permis de déceler les « points faibles » de la pierre, là où le débitage est possible : les angles aigus.

Il n’était pas non plus question de perdre de vue que la taille a un but : la production d’outils. Comprendre que l’intention guide le geste est important pour éviter le stéréotype de l’homme préhistorique brutal et concasseur de pierres. L’outil que les enfants ont dû réaliser devait leur permettre, plus tard dans l’animation, de réaliser une gravure. Une discussion concernant la forme à donner à l’outil dans ce but a précédé la réalisation proprement dite. Vu la difficulté de la tâche, peu de très bons outils ont été réalisés, mais la plupart des enfants ont tout de même réussi à fabriquer un outil suffisamment pointu pour graver.

La réalisation d’outils n’est pas une qualité suffisante pour survivre durant l’ère glaciaire. C’est le feu qui a permis à l’homme de survivre dans nos régions. Durant l’atelier de taille de silex, les enfants avaient déjà remarqué une odeur similaire à celle du feu. Cependant, il a fallu une démonstration d’allumage du feu pour démontrer que deux silex ensemble ne permettaient pas l’obtention d’étincelles chaudes.

A suivi un atelier de tir au propulseur à double but : tout d’abord, refaire un geste essentiel pour consommer de la viande à la Préhistoire et comprendre les stratégies dont devaient user les hommes préhistoriques pour parvenir à leurs fins. Ensuite, découvrir sur des cibles réalistes les sujets qui ont influencé les hommes préhistoriques dans leurs expressions artistiques. Les élèves étaient invités à observer minutieusement chaque animal et à en retracer le contour avec le doigt, de manière à appréhender les caractéristiques de chacun.

Une fois à l’atelier de gravure, les élèves sont entrés dans une démarche artistique telle qu’elle aurait pu se dérouler à la Préhistoire : n’ayant plus leurs modèles sous les yeux, ils ont dû représenter en gravure sur schiste un animal qu’ils avaient chassé, en utilisant l’outil qu’ils avaient précédemment fabriquéL’observation jointe au geste, durant la chasse, a permis de bons résultats, basés sur les souvenirs. Quant à l’explication de la technique, elle s’est résumée à quelques conseils concernant la pression à exercer et les lignes du dessin à ne pas rater (ligne cervico-dorsale). . Ils ont découvert, par la même occasion, une forme d’art régionale puisqu’une gravure préhistorique a été retrouvée près de Dinant.

 

Qu’il s’agisse de l’avis de l’animatrice, de l’interprète, des enfants ou de l’enseignante, tout le monde semble avoir apprécié cette animation pilote, apparemment prometteuse.

Nous vous invitons à lire dans les commentaires le débriefing de cette journée avec l’enseignante, madame Céline Gobert.

Posté par prehistosite à 12:49 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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Commentaires sur Visite mixte pour enfants sourds et entendants

    debriefing visite

    Préhistosite: Selon vous, les activités étaient-elles bien choisies? Y en aurait-il d'autres qui auraient pu convenir, en vous basant sur ce qu'ont vécu les autres classes de votre école, par exemple?
    Enseignante: Que ce soit par rapport aux enfants sourds ou aux enfants entendants, les activités étaient adéquatement choisies et les activités faites par les autres groupes auraient très bien pu convenir également aux enfants sourds.

    En terme de nombre d'activités et de leur succession, y aurait-il quelque chose à améliorer? Si une activité devait être enlevée pour rajouter du temps pour les autres, laquelle pourrait être éliminée, selon vous?
    Pour ma part, le nombre et la succession étaient impeccables. Je trouve que chaque activité avait son intérêt et l'alternance "écoute/pratique" était très bien. Je ne vois pas quelle activité pourrait être enlevée...

    Préhistosite: Le fait de sélectionner un moment bien précis de la Préhistoire était-il une bonne idée, ou auriez-vous préféré un brassage plus large de la période? Pourquoi?
    Enseignante: Vu que la visite durait trois heures (ce qui est peu par rapport à l'étendue du thème mais à la fois tout à fait suffisant pour des enfants de cet âge, (ils n'auraient pas tenu plus longtemps), c'était une bonne idée de sélectionner un moment bien précis de la Préhistoire. De plus, comme nous venions à peine d'aborder le thème en classe, c'était bien de parler des chasseurs-cueilleurs car c'est ce que nous verrons en premier.

    Préhistosite: Le positionnement, le débit, etc. par rapport à l'interprète vous semblait-il bon?
    Enseignante: Oui, ça m'a semblé impeccable, merci!

    Préhistosite: Les enfants ont-ils reparlé d'eux-mêmes de la visite? Qu'en ont-ils pensé?
    Enseignante: Les enfants ont reparlé de la visite surtout pour nous dire que c'était génial, qu'ils ont adoré. Et en classe, moins spontanément car nous leur posons des questions, ils font les liens entre ce que nous leur apprenons et ce qu'ils ont pu découvrir lors de la visite, c'est très enrichissant pour les échanges.

    Préhistosite: Une fois le projet abouti, nous aimerions réaliser un dossier pédagogique en lien avec l'animation, sur le même modèle que ceux que nous avons déjà réalisés. Ce dossier viserait à intégrer la visite dans un projet plus vaste, introduit et exploité en classe. Afin de nous inspirer, pourriez-vous nous dire de quelle manière la visite a été exploitée de retour en classe? Avez-vous visé l'un ou l'autre compétence en particulier?
    Enseignante: Il serait préférable en effet que je réponde plus tard à cette question car nous venons à peine de commencer l'exploitation de notre visite, je ne peux donc pas répondre maintenant de manière complète...

    Préhistosite: En ce qui concerne les programmes et les compétences, en existe-t-il de spécifiques pour les élèves sourds? Si oui, pourriez-vous nous dire par quel moyen nous pourrions nous les procurer?
    Enseignante: Je ne sais pas ce qu'il en est dans l'enseignement spécial mais dans l'enseignement ordinaire, nous suivons le même programme que les entendants. La seule différence est que le savoir parler et le savoir écouter s'exerce et s'évalue en langue des signes et non en français. Pour toutes les autres matières (notamment l'éveil) ce sont les mêmes compétences.

    Posté par Sylvie, 02 décembre 2010 à 12:53 | | Répondre
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